OUF. Voilà, ce sera la fin de ma critique.
Non, sans blague, quelle bonne dystopie! J’ai encore une fois eu la chance de lire ce roman d’Hervé Gagnon dans le cadre d’une table ronde que j’animais à la dernière édition du Salon du livre de l’Estrie. J’avais bien sûr déjà entendu parler de ce roman, mais ce fut un plaisir… et une angoisse de m’y plonger à mon tour. C’est la première fois que je lisais un roman d’Hervé Gagnon, qui se consacre habituellement davantage au roman historique, mais j’ai été charmée par son enquêteur du SPVM, dans ce Canada qui n’est plus du tout celui que nous connaissons.
Dans un Canada loin de chez nous
Dans 51e : Canada 2038, nous plongeons dans un Montréal devenu l’État du Canada et suivons Jean-François Foley, enquêteur au SPVM, qui vit, comme tous ses concitoyens, les conséquences de l’annexion de son pays : rationnement alimentaire, manque de soins de santé publics, censure, exécutions publiques… C’est donc à travers la trame d’un roman policier que nous suivons le personnage de Gagnon dans cet univers complètement angoissant et agonisant.
Mais rien ne les avait préparés à ce qui s’était produit. L’ambassadeur américain avait quitté sa résidence sans avertir le pays hôte. Aucune démarche diplomatique n’avait été entreprise par Washington. Le silence radio avait laissé tout le monde pantois. La vraie réponse était venue deux jours plus tard, alors que, sous le regard sidéré des Canadiens, des troupes américaines avaient commencé à se masser aux frontières. Malgré cela, aucune demande n’était parvenue au premier ministre O’Hare. Aucun ultimatum. Mais même silencieuse, la menace était on ne peut plus claire.
Un Canada qui, on l’espère, restera loin de chez nous.
Hervé Gagnon l’a bien dit en entrevue : il avait ressenti une urgence assez inhabituelle d’écrire ce roman. Que les lecteurs se disent en refermant le livre : « Ça peut arriver! » Et c’est complètement mission réussie! Historien de formation, Gagnon s’est beaucoup inspiré de la montée du IIIe Reich en 1933 pour situer cette annexion. Après tout, on sait que l’histoire est cyclique. En plus de nous tenir en haleine tout au long du roman, l’histoire m’a fait ressentir une très grande angoisse. Je me suis surprise à penser que ce récit n’était peut-être pas si éloigné de la réalité, qu’avec tout ce qui se passe actuellement dans la société, cela pouvait effectivement arriver. En espérant, évidemment, que ces écrits restent dans le domaine de la fiction et ne se retrouvent jamais à la une des journaux.
Il faut lire 51e : Canada 2038 pour son suspense, son monde complètement tordu et sa bonne dose de frousse!