Inondables | Le récit de la fragilité

C’est dans le cadre d’une table ronde que j’animais pour le Salon du livre de l’Estrie que j’ai eu la chance de lire Inondables, une autofiction écrite par Marilyne Busque-Dubois. J’ai tout de suite été frappée et charmée par cette force tranquille, par cette écriture qui dénonce, qui prend la parole et qui nous fait réfléchir à notre relation avec le monde qui nous entoure, dans une narration poétique. L’autrice nous montre la force de la nature qui nous entoure, la force intérieure qui nous habite et qui nous pousse à agir en cas d’effondrement soudain, ainsi que la force de la collectivité.

Quand le vivant nous montre l’art de s’adapter
C’est dans la foulée des inondations de Baie-Saint-Paul que l’autrice ancre son roman. Bien plus qu’un simple roman, cet ouvrage propose une réflexion non seulement sur les changements climatiques, mais aussi sur la relation entre le vivant humain et le vivant non humain. La narratrice s’inspire des tactiques du vivant pour appréhender son quotidien chaviré lorsque sa maison est engloutie par une crue dévastatrice. Parce que, lorsqu’une catastrophe survient, le vivant s’adapte, souvent avec plus d’agilité que l’animal humain. Muer, migrer, ployer, mordre : les stratégies varient selon la menace. Chaque chapitre présente une capacité d’un être vivant non humain à s’adapter aux changements majeurs de son environnement ou à une menace externe, puis montre comment la narratrice s’en inspire pour sa propre vie.

La migration, comme la sédentarisation, n’est pas un désir ou un caprice. C’est une stratégie comme celleux qui détruisent nos environnements, nous tuent, nous privent de la possibilité même de choisir. Si ses oisillons sont bien là où ils sont nés, la bernache préfère ne pas migrer. Mais si un danger survient… Il y a de ces stratégies obligées. Qui ne se manifestent pas par quelque acte tapageur, violence pour violence, mais par une mutation toute personnelle, fondue dans le collectif, qui peut même se faire joyeuse, le temps de voler en groupe au-dessus des bleus de la mer. Chacun.e trouve sa manière d’exulter à la face d’un système qui tente de briser le lien de réciprocité entre les êtres, sa manière de jouir malgré les conditions qui lui sont imposées.

Réapprendre à regarder le vivant
J’ai adoré cette lecture. Non seulement il s’agit d’une histoire complètement touchante, qui nous amène à remettre en perspective ce que nous avons trop souvent tendance à prendre pour acquis et qui pourrait, du jour au lendemain, nous être enlevé, mais cette lecture m’a aussi permis de mieux comprendre la nature qui nous entoure et de l’apprécier davantage. Je crois que nous vivons dans un monde fragile et que, trop souvent, nous faisons l’autruche en nous disant que les choses ne pourraient pas être différentes, alors qu’elles pourraient l’être, que nous pourrions vivre plus harmonieusement avec ce qui nous entoure au lieu d’essayer de le combattre et de le dominer.

Il faut lire Inondables pour les réflexions que cette lecture nous apporte, pour cette parole donnée aux voix qui n’en ont pas toujours une, et pour la narrativité poétique de son autrice.

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